Interview – A la découverte d’ « Or-Jeu » avec Marion Deborde

Ouvert depuis le 11 juillet, Or-Jeu est un site consacré au basket féminin à travers des thématiques spécifiques, pouvant parfois être considéré comme sensible. La créatrice de ce projet, Marion Deborde, a accepté de répondre à nos questions concernant son média. 

Pour les lecteurs qui ne connaisse pas encore votre site, comment le décririez vous ? Comment se différence t-il des autre sites consacrés au basket féminin français ?

Je le décris comme un média différent dédié au basket féminin. Un des rares qui aborde certains aspects comme la médiatisation, le salaire, le sexisme, les nouvelles technologies et tous ses acteurs différents. J’aborde également la santé qui est pour moi très importante avec tous ses acteurs.

J’ai envie de conserver cette ligne éditoriale, c’est ma marque de fabrique et elle est importante pour moi.

Pourquoi le pôle santé est très important à vos yeux ?

Parce que cette année je travaille dans une start-up mêlant à la fois sport et santé et je trouve ça très pertinent. De plus, je trouve que personne ne le met en valeur donc je me suis dit que c’était le moment de le faire.

Comment comptez vous aborder ce pôle santé, qui est un domaine assez large, sur votre site ?

J’ai déjà sorti un article sur ce thème la semaine dernière, portant sur la rupture des ligaments croisés. J’essaie de toucher toutes les pathologies qui sont fréquentes au basket féminin, expliquer pourquoi, faire intervenir soit des joueuses, soit des professionnels de santé qui travaillent sur ces pathologies et qui ont un lien avec le basket féminin. Par exemple, la semaine dernière, on a eu la chance d’avoir Thierry Facquez, qui est l’un des kinésithérapeutes le plus représenté dans le basket féminin. Il est aussi basé à Berck, où j’ai fais ma rééducation personnelle avec lui quand j’ai eu ma rupture des ligaments croisés. Donc je sais qu’il travaille beaucoup avec le basket féminin, qu’il s’y connaît bien, par conséquent, il a un avis assez global dans ce secteur en raison de ses nombreuses années de travail.

Je trouvais ça intéressant. Puis, de nombreuses personnes savent que cette blessure touche les joueuses, mais pas forcément pour quelle raison, ni sur quel aspect physiologique et du sport sont impactées les joueuses. J’ai voulu démontrer ces points à travers cette interview.

Concernant toujours le pôle santé, allez vous aussi rédiger des articles sur d’autres thèmes comme la préparation physique ?

Tout à fait. Pour le moment j’ai plein de sujets en tête où j’ai déjà écrit dessus comme la nutrition. Pour moi, la santé concerne beaucoup de choses comme la psychologie, la sophrologie, la nutrition, les différentes pathologies, la préparation physique également où je vais faire appel à des coach sportifs, également l’impact de la musculation dans le basket féminin.

La différence entre la préparation physique en France par rapport aux autres pays ou encore la manière de réaliser sa préparation physique sont-ils des angle envisagés  ?

Les deux peuvent être intéressants à aborder. Pour l’instant, je ne m’étais pas posé la question, j’avoue, sur ces thèmes-là, mais ça peut être intéressant. J’étais vraiment focalisée sur la France, et donc pas trop sur la comparaison avec d’autres pays. Je pense que ces sujets peuvent être traités plus tard car pour le moment j’ai vraiment envie de me focaliser sur la France et j’ai déjà pas mal de chose à faire.

Depuis quand travaillez vous sur ce média ? Comment est il né ?

Cela fait pas longtemps que j’ai commencé à travailler sur ce site. Le site est ouvert depuis le 11 juillet, avec l’apparition du premier article. Mais j’ai débuté sa création trois semaines avant, le temps de faire le logo, de trouver et organiser la ligne éditoriale, voir les idées que j’avais, mais aussi voir les personnalités que je pouvais interviewer.

Le travail fut notamment réalisé durant le confinement, car je terminai un mémoire sur la médiatisation du basket féminin. Je me suis donc demandé comment je pouvais participer à sa médiatisation, et ainsi apporter ce qu’il manquait selon moi dans les médias. J’ai donc décidé de créer ce média car j’avais à peu près toutes les compétences pour faire quelque chose qui me ressemblait, qui pouvait parler à beaucoup de joueuses, coachs et supporters.

C’est venu de cette idée, mais c’est vrai l’imagination du projet me paraissait naturelle dans le sens où dès que j’ai eu l’idée, je me suis lancée.

Pouvez vous nous rappeler votre parcours dans le basket en tant que joueuse ?

J’ai commencé au dessus des Monts du Lyonnais en baby basket. Puis, j’ai enchaîné à ALGM durant 5 ans de benjamine à minime France deuxième année. En même temps, j’étais au pôle espoir du Lyonnais et en sélection du Lyonnais avec une génération dorée. Ensuite je me suis rapprochée du PVBC où j’y ai joué pendant 7 ans, du centre de formation à la NF2. Depuis un an maintenant, je suis au SMUC à Marseille, toujours en NF2.

Selon vous, comment votre expérience dans le basket à haut niveau vous a aider à concevoir ce projet ?

Tout d’abord, quand je me suis fait les ligaments croisés, je me suis éloignée des terrains et c’est à partir de là que la communication et le marketing m’ont intéressée dans le sport. Ensuite j’ai eu la chance d’être dans des clubs où j’ai eu des responsabilités que ce soit à Voiron ou à Marseille dans ce secteur. Le fait que je fasse des études dans ce milieu, que je sois intéressée par le basket ainsi que son monde, mais aussi le sport en général, c’est assez logique pour moi d’avoir créé Or-Jeu.

Et comment cette expérience vous aidera t-elle à rédiger les articles sur les thèmes ciblés lors de votre article de présentation ? En d’autres termes, le fait d’être à l’intérieur de ce milieu, du monde du basket, comment cela influence votre rédaction sur les sujets sélectionnés ?

Lorsque je réfléchis à un article, le thème doit être lié à une joueuse ou une personne spécialisée dans ce thème. J’essaie toujours de lier les deux, et donc ne pas prendre une personne au hasard avec un sujet au hasard. C’est vraiment réfléchi en même temps, par rapport au parcours mais aussi une problématique de la société liée au basket féminin. Pour moi, il faut qu’il y ait un vrai lien entre les deux. J’essaie vraiment de m’imprégner de la vie de la personne, de son parcours pour réaliser l’entretien. En même temps, j’essaie aussi que mes questions fassent réfléchir l’intervenant, mais aussi les lecteurs sur leur avis, leur point de vue concernant le sujet abordé. C’est aussi un moyen de permettre aux lecteurs de réfléchir sur un sujet. Cependant, je ne me pense pas meilleure que tout le monde, c’est juste que j’ai envie d’aborder des choses que personne n’aborde.

Ainsi, d’une certaine manière, ce site dépasse la simple volonté de promouvoir le basket féminin. Il vise aussi a être une plateforme ouverte permettant les débats et l’évolution d’une discussion à plusieurs branches ?

Totalement !

Au final, la plupart de vos articles seront des interviews ?

Au départ ce n’était pas prévu comme ça. A la base, je voulais rédiger des articles seuls mais je me suis rendu compte que les personnes aimaient beaucoup l’interaction avec d’autres personnes. Donc après réflexion, et après avoir discuté avec des amis autour de moi mais aussi par des retours que j’ai pu avoir, je pense que c’est plus pertinent de procéder de cette manière pour l’instant. Après, j’ai quand même l’envie, notamment pour les actualités, de faire des écrits personnels sur ce que je pense. Mais pour le moment, les prochains articles seront des interviews.

Selon vous, quelle place à aujourd’hui le basket féminin dans le paysage sportif français ?

Il y a certaines choses qui me font dire qu’elle est en progrès, notamment avec l’arrivé de Tony Parker qui aide Lyon, et du coup, qui aide le basket féminin à se développer. Mais certaines choses me déplaisent un peu dans le sens où, je prends l’exemple de l’annulation de l’Open LFB. Pour moi c’est vraiment dommage, car même si c’était un super événement, il n’a jamais été mis en place pour que les gens puissent y aller parce qu’à chaque fois, il y avait des matchs de championnat qui tombaient en même temps. Ainsi, personne n’avait la possibilité d’y aller. Par conséquent certes, il n’y avait pas beaucoup de personnes présentes lors de l’Open. Mais selon moi, c’est notamment dû en raison que peu de joueuses ou encore de coachs pouvaient y aller à cause de leur match de championnat.

Je pense que l’on aurait dû tester une année avec un calendrier du championnat décalé pour que l’on puisse assister aux matchs, et ainsi, voir si l’Open attirait plus de monde avant de le supprimer totalement.

Donc, je trouve que le basket féminin est de plus en plus médiatisé, notamment grâce aux clubs qui ont plus de responsables communication/marketing, permettant de mettre leur club en valeur mais concernant l’Open, je trouve ça dommage de le suspendre.

Après, j’aimerai bien que les matchs de basket féminin soient plus diffusés, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, qu’ils aient des commentateurs quand on regarde les matchs. Il y a beaucoup de choses qui pourront être améliorées à l’image du PVBC qui commente leur propre match, et ça, selon moi, ça apporte une plus-value. C’est une bonne initiative, et je tiens à le notifier pour ce club.

De même pour le basket féminin Lyonnais concernant le paysage national ?

Je trouve qu’il prend une place de plus en plus importante et c’est vraiment une très très bonne chose. Tony Parker « emporte » avec lui beaucoup de personnes et ce qu’il est en train de construire avec l’Olympique Lyonnais, je trouve ça vraiment bien. J’apprécie l’idée qu’il prenne la suite de Jean Michel Aulas sur le fait qu’il met sur un même niveau le basket féminin et le basket masculin. Ils ont des projets assez audacieux ainsi qu’ambitieux pour les féminines, et c’est ce qu’il faut développer un peu partout. Cela donnera peut être l’envie de faire la même chose dans d’autres clubs.

J’espère que ça marchera et que Lyon continuera de briller en EuroLeague, et en France. Tout en espérant que grâce à ces changements, le basket féminin continue de se développer.

Nous avons pu observer il y a un an maintenant que la Coupe du Monde féminine de football en France a suscité un grand intérêt. Pensez vous qu’un événement similaire dans le milieu du basket peut être mise en place, et si oui, quel impact peut-il avoir ?

Je pense pas malheureusement, même si j’aimerais bien. De plus, je pense pas qu’il y aurait un engouement aussi important. On l’a bien vu, l’Équipe de France féminine fait souvent de très bons résultats, même si elles ne sont pas championne à chaque fois, mais l’engouement n’est pas non plus exceptionnel. Les matchs ne sont pas diffusés, hormis s’il y a une finale. Le TQO à Bourges a par exemple plutôt bien marché car il y avait 5000 personnes, mais ce nombre n’est pas aussi exceptionnel comme on a pu le voir avec la Coupe du Monde de football féminin. Pour l’instant, on ne peut pas comparer le foot et le basket même si j’aimerais fortement que ce soit le cas mais aujourd’hui, il y a trop de retard entre ces deux sports.

Avez vous déjà des projets en tête pour le futur ? Peut être d’autre format ?

A terme, j’aimerai bien faire des podcasts. C’est vraiment un format que j’apprécie mais qui demande du temps, donc pour le moment, je ne vais pas le mettre en place. De plus, j’ai l’impression que les personnes se libèrent plus avec la parole, donc je pense un jour en faire.

Pour le reste des projets, pour le moment, je n’y ai pas pensé. J’ai peut être quelques collaborations en tête pour le futur car il y a des sites avec lesquels j’aimerai bien travailler. Mais sinon, pour l’instant, je consacre cette première année en tant que période test afin de savoir comment les personnes réagissent, voir comment ça marche et vraiment apporter une plus-value au basket féminin.

Personnellement, je gagne pas grand-chose, dans le sens où ce n’est pas pour moi que je le fais mais parce que je pense qu’il manque quelque chose. Je le fais vraiment pour les joueuses, les coachs, ainsi que pour le basket féminin. C’est vraiment pour ce sport et cette discipline que je m’implique, et aussi bien entendu, parce que ça me fait plaisir de faire ça. Après je ferme aucune porte à rien et peut être qu’un jour on pourra être plus nombreux sur ce projet.

 

1 commentaire

    • Simone Thibaud
      01-08-2020
      21 h 16 min

      Bravo, Manon. Ce que tu realises est très fort. Tu as fait un super boulot. Çà a été intéressant et réussi. C’est tellement naturel, car tu es competente comme basketteuse. Tu as encore beaucoup de thèmes à aborder. Alors, courage et continues à nous regaler

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