Interview – Delly, la nouvelle chaîne YouTube sur le basket féminin

Sur YouTube depuis maintenant un mois, Noé Delaunay répond à nos questions suite à l’ouverture de sa chaîne Delly, uniquement consacrée au basket féminin.

Peux tu te présenter aux lecteurs ? 

Je m’appelle Noé Delaunay, j’ai 21 ans et je suis étudiant à Lyon sur une formation de management sport à l’école d’ISEFAC. J’ai décidé cet été 2020, suite à un stage avec le YouTuber Hoopsidia de me lancer sur YouTube sur le thème du basket féminin.

Comment as tu obtenu ce stage avec Hoopsidia ?

C’était complètement par hasard. Au départ, je devais être au club de Brest mais avec le Covid, ça été annulé. Puis, je ne sais pas comment, j’ai eu la lueur de lui envoyer un message sur Linkedin et il m’a répondu en à peine 3h. J’ai été surpris, d’autant plus qu’il ne prend habituellement aucun stagiaire, et il n’en reprendra pas, c’était vraiment le bon timing.

Sais-tu les raisons pour lesquelles il t’a choisi ?

Il n’était pas sur Paris cet été, mais chez ses parents pour la création de son terrain de basket. Il avait donc de la place pour héberger et il avait besoin de quelqu’un pour filmer durant les travaux, donc ma demande est tombée au bon moment.

Comment est venue l’idée de créer Delly ? Est ce que ce fut un déclic depuis ton stage avec Hoopsidia ou alors une motivation qui existait déjà par le passé ?

C’était vraiment un déclic et cela fait un mois et demi que j’ai l’idée. Déjà, je ne m’y connaissais pas du tout en vidéo, photo, montage, clairement je suis arrivé, j’avais tout à apprendre.

De voir que l’on peut passer d’une vidéo brute, pouvant être ennuyant à regarder à un rendu dynamique, ça m’a motivé à faire ça. De plus, vu que j’avais déjà un pied dans le basket féminin, et que je voulais créer ma chaîne sur un sujet qui me passionnait, je suis parti sur cette idée. Puis, le basket féminin sur Youtube, il n’y a personne qui en parle en France donc je me suis dit que c’était le sujet à aborder.

Donc c’est la raison pour laquelle tu as choisi le format vidéo pour partager cette passion ?

Vu qu’il y avait déjà pas mal de média qui traitaient sous format d’article ou de site web le basket féminin, et que la rédaction d’articles ainsi que le journalisme, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus, je me suis donc tourné vers la vidéo. J’ai aussi profité du fait qu’il n’y ait personne sur la plateforme. Si une chaîne sur le sujet était déjà présente, avec un nombre important d’abonnés, je ne sais pas si je l’aurais fait.

Je me dis qu’avec les autres médias sur le basket féminin, il faut collaborer d’autant plus sur un marché unique comme ça. 

Quel est l’objectif à travers ce média ?

L’objectif c’est d’apprendre au gens de manière pédagogique le basket féminin. Les éduquer sur ce sport parce que je me rend compte qu’il y en a beaucoup qui le connaissent que très peu.

Ce que j’apprécie, c’est lorsque j’observe les statistiques de mes vidéos : il y a énormément de garçons, plus de 80 %. Je pensais que ça allait être l’inverse mais au final c’est pas plus mal car ce sont des hommes qui ne connaissent pas, et qui ont envie de s’intéresser, de découvrir le basket féminin, c’est donc génial pour moi. Ça me laisse une marge assez importante pour leur apprendre des choses vraiment simples en parlant des équipes et d’autres thèmes jusqu’à aller, plus tard, dans du contenu un peu plus approfondi.

Et le fait que tu sois toi même un homme a un impact sur ces chiffres ?

Oui je pense que ça joue, parce que selon moi, c’est plus facile pour un homme de s’identifier quand c’est un gars qui parle. Je pense que c’est aussi bien d’un point de vue extérieur, de montrer qu’il y a des garçons qui s’intéresse à ça, et pas que des femmes. Je pense que c’est important.

Quels sont les contenus que tu compte réaliser sur cette chaîne YouTube ? Les projets à venir ?

Pour le moment, je me consacre dans les portraits, afin de faire découvrir les joueuses importantes de la ligue, parce que ceux qui suivent un peu le basket, ils vont connaître des figures comme Tony Parker, mais il y a des joueuses qui ont des palmarès incroyables et pourtant, tout le monde ne les connaît pas.. Je pense que c’est un premier élément important, avant de savoir comment ça marche et par la suite, je rentrerai un peu plus dans les détails.

Là, je vais me lancer dans un nouveau format. La saison LFB reprend le 26 septembre, et donc à partir du 14 jusqu’au 25 septembre, je vais sortir une vidéo par jour pour présenter chaque équipe de LFB afin que les personnes puissent cerner les équipes du championnat et suivre la saison dès le 26.

La vidéo sera divisée en trois partie : un côté historique, une présentation de l’effectif et enfin mon avis sur la saison, comme une sorte de pronostic.

Je pense que je vais me concentrer sur la LFB pour la saison qui arrive, mais aussi un petit peu d’EuroLeague lorsqu’il y a un lien avec les clubs français. L’été prochain on partira sur de la WNBA parce que là je suis arrivé durant la fin de saison. Mais l’été prochain je compte aborder plus en détail le championnat américain.

J’ai aussi un format qui a pour but de redesigner les maillot de LFB. Je l’avais déjà fait pour Lyon, et puis j’aime bien toucher un peu au graphisme.

Je me posais la question de faire aussi des vidéos sur NBA2K21, comme à présent c’est possible de faire une carrière avec un femme mais ce format n’est disponible que sur les nouvelles générations de consoles.

J’ai aussi l’objectif de faire découvrir plus les joueuses en tant que personne, car j’ai remarqué en règle générale, que l’on s’attache aussi à la personne pour ce qu’elle est en dehors du terrain. Certes il y a aussi ce qui est fait sur le terrain mais il y aussi sa personnalité et c’est un élément que les personnes ne connaissent pas forcément.

Qu’entend tu par aller plus loin dans le développement ?

J’entends par là de rentrer dans l’analyse des matchs, de discuter sur des débats concernant les joueuses, la saison etc. Pour le moment, je peux en débattre, mais cela va être avec une minorité de passionnés car le reste des personnes ne connaissent pas forcément le basket féminin.

C’est notamment le cas lors de ma vidéo avec Sue Bird. Alors que pour moi ça me paraît logique de connaître Sue Bird lorsque l’on s’intéresse au basket féminin. Et puis pour le moment, je suis dans ma chambre c’est bien, mais j’aimerais faire plus de format en extérieur, avec des joueuses, pour soit les affronter, soit faire des interviews, ou encore des formats de podcasts. Je pense que les idées vont venir au fur et à mesure mais je pense que partir au États-Unis, pour filmer de la WNBA, c’est l’objectif ultime.

Pourquoi Delly ?

A la base, je voulais un nom qui soit en rapport avec le basket féminin. J’ai trouvé plusieurs idées que je trouvais bonnes mais qui me parlaient pas plus que ça. Puis, je me suis rendu compte que je ne voulais pas que l’on me considère comme un média à part entière. Il me fallait donc un nom pour que les personnes puissent m’appeler grâce au nom de ma chaîne. J’ai finalement fais le choix de contracter mon nom de famille en le diminuant dans quelque chose de plus américain, qui me paraissait un peu plus stylé et ça a donc donné Delly.

D’où vous vient cette passion pour le basket féminin ? Depuis quand te passionnes-tu pour ce sport ?

Avant, je suivais vraiment les équipes de France féminines, durant par exemple les Jeux Olympiques, les championnats d’Europe mais je suivais moins le championnat français et la WNBA. Je ne connaissais des noms, mais pas tout en détails.

Puis en en 2018, j’étais avec un ami, et je vois passer une affiche indiquant un match entre l’Asvel et Bourges. Je savais qu’il y avait Marine Johannès, joueuse que j’aimais beaucoup pour son jeu que je trouve agréable à regarder. Ainsi, je vois que les places ne sont pas chères, c’était 5 euros la place, donc on y va et Lyon gagne. Pour 5 euros, on se dit que ça vaut le coup de voir un match aussi intéressant, surtout lorsque l’on est étudiant.

Donc on y retourne à plusieurs reprises et puis il y a un jour, on était parti au championnat de ski avec mon école et comme des imbéciles, on avait pris nos places pour le match. On ne pouvait donc pas y aller. Cependant, il se trouve que le championnat a été annulé, et que l’on a pu rentrer sur Lyon et ainsi voir la deuxième mi-temps face à Basket Landes, où joue justement Céline Dumerc.

Puis, je ne sais pas pourquoi mais avec mon ami, alors que habituellement on regardait surtout le côté technique des actions, on se dit qu’il y a pas d’ambiance dans la salle, que l’équipe ne peut pas remporter le championnat de France sans public. On entendait même les échanges entre les coachs et les joueuses. A la fin du match, on descend voir le speaker afin de lui proposer si ça l’intéresse de créer un groupe de supporters. Il nous répond qu’il en parlait trois jours avant en réunion et donc on a lancé le projet.

On se donne ainsi une semaine pour réunir une dizaine de personnes mais trois jours après, on était déjà 20, donc c’était vraiment top. A partir de là, le groupe a vraiment bien été intégré par le club et c’était pour le coup bénéfique pour eux que des jeunes s’investissent comme ainsi. On as tous été pris de passion pour cette équipe, ce qui a amené que je m’intéresse plus au basket féminin dans son intégralité. Et c’est ce groupe qui a donc donné la Kop’Asvel en décembre 2018.

Par conséquent, de quel manière soutenez vous les Lionnes avec la KOP ?

On s’est basé un peu sur les ultras du foot mais en version gentil, avec des chants etc. On aime bien varier notre manière de soutenir l’équipe pour éviter que les matchs ne se ressemblent. Le soutien que l’on donne à l’équipe commence à partir du coup d’envoi et ne cesse que lorsque le match est terminé. On chante durant toute la durée du match, et on est aussi là pour s’amuser, pour passer un bon moment sans trop se prendre la tête. Ce qui est sympa, c’est que le public est assez réactif donc c’est cool.

Vous avez même réussi à intégrer les joueuses, et les membres de la direction comme Marie Sophie Obama.

Exactement, et pour les joueuses, c’est une aubaine d’avoir un groupe qui les pousse tout le temps car elles savent que même si elles en prennent 30, elles peuvent compter sur nous. Quand je vois par exemple, l’an dernier, lors du titre de championne de France, l’ambiance qu’il y avait, on était passer d’une salle morte à une salle vivante. C’est vraiment une fierté d’avoir fait ça, notamment lorsque l’on voit le match 5, la tribune de la KOP était bondé, tous habillé en noir, c’était vraiment génial.

Lorsque l’on voit ces finales, elles étaient de très haut niveau. C’est dans ces moments que l’on veut que ce soit médiatisé. Ça l’était sur RMC, mais tout le monde n’y a pas accès. Même à Montpellier, où l’on passe à un shoot de la victoire, l’ambiance était incroyable. On était 80 de la Kop’Asvel à avoir fait le déplacement. Je pense que la Kop’Asvelle a eu un impact dans la réussite de l’équipe, notamment lors de certains matchs où elles avaient besoin de notre soutien.

Est ce que selon toi, Lyon est une ville propice au développement du basket féminin ?

Oui clairement, et je pense même qu’elle est propice pour le sport féminin en général parce qu’il y a aussi OL féminin qui met en bon coup de projecteur sur le sport féminin. Lyon est une ville très sportive, et il y a plusieurs sports où les équipes sont en première division : le basket, le rugby, le foot que ce soit en équipe masculine ou féminine.

Et puis on a aussi des acteurs important dans le monde du sport féminin. Je pense à Marie Sophie Obama qui est très investie dans le développement du basket féminin. Jean Michel Aulas est aussi très impliqué là-dedans. Rien que d’avoir acheté le club de Seattle pour avoir implanté ça là bas, c’est très fort. Tony Parker a aussi donné une grande visibilité au basket féminin à Lyon.

Lorsque l’on compare avec, par exemple, le club de Bourges qui est connu dans le basket féminin, mais qui n’a pas, à ma connaissance, d’autres grands clubs de haut niveau dans d’autres sports, on peut dire que Lyon est une ville qui développe le basket féminin, et par conséquent, le sport féminin en général. Donc à Lyon, je pense qu’il y a vraiment un vrai potentiel.

Quelle est ta joueuse modèle pour toi ?

J’ai envie de te dire Sue Bird, pour son jeu, ses passes funky, mais aussi son poste car ça me parle vu que je jouais meneur. Actuellement, j’aime bien aussi Julie Allemand dans un registre différent. Il y a aussi Marine Johannès, qui est une joueuse qui propose un jeu que peu de joueuses sachent faire et qui très impressionnant. J’attends de voir cette saison si elle peut porter l’équipe sur ses épaules, si elle peut être une vraie leader. Parce que tous le monde l’a veut en leader, mais je ne sais pas si elle en est vraiment capable, ce n’est pas dans son caractère. Elle a un leadership dans le jeu, donc j’ai hâte de voir la suite de sa carrière car elle est encore jeune.

Pour toi, quelle est la joueuse, actuellement, dans le championnat français qui représente l’avenir du basket féminin ?

Iliana Rupert, pour moi, à l’intérieur, en duo avec Alexia Chartereau. Cette doublette est très forte pour son âge. Alexia Chartereau vient d’avoir 22 ans, tandis que Iliana Rupert en a 19. Donc, pour moi, ce sont deux joueuses qui ont un énorme potentiel. Après, il faut aussi surveiller la génération de Marine Fauthoux qui est aussi l’avenir. Marine Fauthoux qui a déjà créé sa place en Équipe de France alors qu’elle à 18-19 ans. Je ne suis pas inquiet pour l’avenir du basket français.

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